Les MFR

Naissance des Maisons Familiales Rurales

1935-1937: Les Maisons Familiales

sont nées chez nous !

par Yves PEYRAT, l'un des quatre premiers élèves

1935…
L’Agriculture vit toujours au même rythme avec des méthodes de travail ancestrales et routinières. 
La modernisation est nulle, et les paysans sont soumis à une mévente de leurs produits, sans organisation. L’agriculture est vulnérable, sans progrès, ni garantie. Les agriculteurs vivent avec leurs produits récoltés sur l’exploitation et le surplus est vendu sur le marché local. 
Il y a peu d’enfants dans ces familles vieillissantes où toutes les générations se côtoient, sans couverture sociale, pas de subventions, ni de retraite. Il faut survivre jusqu’à la fin de ses jours, en travaillant. Aussi ces jeunes, l’école primaire terminée, se dirigent la plupart du temps vers la ville, pour des travaux plus attractifs et rémunérateurs. Les autres, restent sur l’exploitation familiale avec comme conseillers et formateurs leurs parents et grands-parents... 
Été 1935 : Un petit bourg de 250 habitants dans le sud-ouest, Sérignac-Péboudou alors nommé "Sérignac-de-Lauzun" situé au confins du Périgord, vit au rythme de son époque avec ses petits artisans, indispensables à la vie de la population 100% paysanne. Il y a également l’église du 11ème et 16ème siècle avec sa haute stature, dominant la campagne environnante. Tout près, le presbytère abrite le curé de ce paisible village, le Père Granereau. Celui-ci est issu d’une famille paysanne, nombreuse et modeste, du canton de Lauzun. Très jeune, déjà, il veut « aider ses frères paysans à sortir de l’ornière » et il milite dans ce sens sur les conseils du SCIR. (syndicat central d’initiative rurale) pour essayer de trouver des solutions à leurs problèmes. 


Au cours de l’été 1935, en visite chez ses paroissiens, il rencontre un chef de famille qui semble-t-il a de sérieuses difficultés avec son fils âgés de 13 ans. Il avait voulu, après le certificat d’études primaires, le placer dans un collège, en attendant de le garder avec lui sur l’exploitation. Hélas le fils n’avait pas supporté l’internat et ne voulait pas revenir à l’école. C’est alors que l’entretien avec l’abbé Granereau, prit une forme inattendue et constructive. Ce brave curé proposa une solution, en invitant le papa à lui confier son fils pour lui donner des leçons au presbytère. La réponse ne se fit pas attendre, et le papa rétorqua:   "Mais mon fils va s’ennuyer tout seul!  Alors, dit le prêtre, trouvez en d’autres et nous étudierons ensemble  d’autres possibilités". 
Dans les semaines qui suivirent, 2 familles vinrent se joindre à la première, avec 3 jeunes dont deux frères. Le groupe, venait de s’agrandir, et ce qui était très encourageant, c’était de s’apercevoir que d’autres familles rencontraient les mêmes difficultés et étaient réconfortées à l’idée que l’on pouvait y remédier. Ils se réunirent chez l’un d’entre eux et la proposition de l’abbé Granereau  fut la suivante :  « Vous allez me confier vos enfants, et tenter une expérience qui devrait convenir à tous :  Je vais garder ces jeunes en internat au presbytère pendant une semaine  et  vais voir comment leur  donner une formation professionnelle. Ensuite ils rentreront chez eux, pour une mise en pratique de ce qu’ils ont appris. »   Après quelques mises au point, les trois chefs de famille, acceptèrent ces propositions et tout fut mis en œuvre pour transformer le vieux presbytère en salle de classe-dortoir et réfectoire. Le Père Granereau prit contact avec l’école d’Agriculture de Purpan à Toulouse, pour avoir les manuels d’agriculture ainsi que les devoirs par correspondance chaque mois. Il n’avait aucun diplôme mais assurerait cependant l’organisation des devoirs, ainsi que la surveillance du groupe et sa formation générale. 
Ainsi le 21 novembre 1935 rentraient au presbytère de Sérignac-Péboudou en Lot et Garonne quatre jeunes adolescents pour une aventure peu ordinaire mais remplie d’espoir. La première semaine se passa très bien, trop vite de l’avis des 4 jeunes et c’est le retour pour 3 semaines dans les familles, jusqu’au mois suivant, ainsi jusqu’à fin juin. La formation en alternance était née, mais à ce moment là, rien ne laissait présager, ni espérer de ce qui allait suivre par la suite dans ce petit coin de Lot et Garonne. A la fin de l’année scolaire de 1936, le Père Granereau organisa un rassemblement, genre portes ouvertes, pour expliquer à la population (qui se posait de nombreuses questions) ce qui avait été fait au presbytère, 15 nouvelles inscriptions vinrent s’ajouter au premier groupe de 4. C’était un pas timide qui venait d’être réalisé, mais combien encourageant. Un moniteur fut envoyé par l’école de Purpan pour remplacer le Père Granereau, ce dernier prit la direction de cette nouvelle formation en alternance. L’année 1936 se passa comme la précédente, mais 44 inscriptions vinrent s’ajouter formant ainsi un groupe de 60 élèves. L’idée lancée en 1935 évoluait vraiment vite et rien n’avait été prévu dans ce sens. Le presbytère n’était pas fait pour cela et les chefs de famille furent invités à prendre une décision. Ce qui fut fait, en achetant, après création d’une association, une grande maison à Lauzun, à l’époque chef lieu de Canton de Sérignac: 60 jeunes allaient faire revivre cette maison abandonnée qui prit alors le nom de Maison Familiale. Deux moniteurs vinrent animer les cours. Le Père Granereau fut nommé Directeur. Les années qui suivirent furent généreuses en participation, elles connurent dans la région un franc succès. Une 2ème Maison Familiale fut créée en Savoie et par la suite, rien n’arrêtera l’ampleur de ce mouvement. A ce jour, il y a 435 Maisons Familiales Rurales en France et de nombreux établissements ont été ouverts dans 34 Pays...
Sérignac-Péboudou  est bien  le berceau des MAISONS FAMILIALES RURALES !

Octobre 2007
Yves PEYRAT